samedi 18 février 2017

La fin de la barbe?

Tout sur les maladies vénériennes dans Brome-Missisquoi et le cataclysme qui menace le système solaire alors que se termine la mode des barbus.
Un reportage de Denis Lord et Ninon Sioui.

mardi 7 février 2017

Jack est scrap 6z2-7

Nelly nous reverse de la menthe poivrée et esquisse un constat sur sa vie amoureuse.
-J'ai vraiment été amoureuse de Max. Là c’est toi que j’aime, et je veux pas tout mettre sur le même niveau.
-Je te suis pas.
- Ben je m’interroge. Avec Max, c’était de l’amour ou juste mon égo blessé qui s’accrochait ? Avec toi la relation est très différente. C’est de l’amour ou c’est mon souhait d’être aimée qui se réalise ? C’est difficile pour moi d’analyser mes sentiments.
- Ok, tu veux dire que peut-être que tu m'aimes pas mais que t'es juste contente que quelqu'un t'aimes ?
- Pas du tout. Je t’aime. Mais c'est-tu de l'amour super big et long terme, assez valable pour m’investir? Ou est-ce que je vais encore être siphonnée dans un tourbillon de 100 000 questions, tu sais, qui te prennent la tête et que t’en peux pus, que t’en exténuée?
La conversation dévie sur la notion de couple, l’imposition de ce modèle. Je parle de Coralie à Nelly, Coralie qui m’avait inclus à mon corps défendant dans son modèle poly-fidèle. Elle présentait vaniteusement Frédéric comme étant son fuck friend.
«Mon histoire d’amour minable avec Max ressemble à la tienne avec Coralie, analyse Nelly, mais Max, c’était pas un phoque friend. Il a toujours eu plusieurs partenaires. Il avait été amoureux d’une fille de 25 ans avant qu’on se rencontre et ensuite, il a continué la voir épisodiquement. Mais la floune, elle l’aimait pas Max, il avait 20 ans de plus qu’elle, pis c’était un peintre plutôt ordinaire. »
- Toi, tu le savais qu’il avait une relation avec elle ?
- Non. Il lui avait dédié une peinture, pis cette peinture-là, il m’a demandé de la transporter à la place où travaillait la fille. C’est comme ça que je l’ai appris. Quand je m’en suis rendu compte, j’ai pris la peinture pis je l’ai mis à terre en plein milieu de St-Laurent, le temps que quelques chars passent dessus, pis j’ai été la porter à la fille en disant que c’était une création collective.
Tu ne dis rien.
L’orage a passé mais Max pendant deux ans, il partait, il revenait. C’est un chat de gouttière ! Pis moi je l’aimais tellement, je le laissais libre de ses aventures. C’était viscéral, pathologique, comme toi avec Coralie.
- Et vous en avez même partagées, des aventures… Lui, il t’aimait ?
- Oui, mais pas assez pour s’engager avec moi. Pis il me le disait. Sa queue, son nombril, le reste c’était secondaire...
Tu te tais toujours, perçois la détresse résiduelle dans sa voix et son visage ; on dirait même que le vert de ses yeux ternit, se délave.
-… J’ai tellement pleuré. Je suis forte et je me suis relevée, mais j’ai tellement pleuré. Après Max, j’ai eu envie d’avoir de l’amour. Y a eu deux gars, un sale con pis un bon jack, qui faisait bien l’amour, mais qui riait mal et sentait pas bon. Puis y a eu toi. Et toi. Et toi.
Tu lui souris.
-Avec toi Jack, je me sens plus belle, meilleure, je m’aime plus.
Qu’est-ce qu’elle sait parler aux hommes, elle.

vendredi 3 février 2017

Jack est scrap 6z\7

Tu sors d’elle rapidement et ta liqueur jaillit sur sa nuque et ses cheveux. Vous aurez toute la nuit pour vous reprendre, et elle sera aussi blanche que longue et cochonne, affectueuse et riante. La vie est des fois si bonne. Si on pouvait conserver quelque part ces émotions heureuses, on serait toujours à l’abri.

Les prémisses de ces heureuses retrouvailles avaient pourtant pris un tour sinistre à l’aéroport de Calgary. Le ton des missives de Nelly s’était radicalement transformé. Auparavant, elle était si contente d’avoir ta visite pour les Fêtes, qu’elle disait toujours passer seule, sans amoureux.

Mais voilà Calgary, son immense aéroport où t’as passé trois nuits à attendre un vol disponible. C’est pas un aéroport, c’est une ville, un univers, avec une communauté de Pakistanais qui fait un stage d’anglais langue seconde en travaillant dans le commerce de détail.

Calgary. « T’es mon ami doux, qu’elle t’avait alors texté , la Nelly. » Ami doux ? Après toutes ces promesses de bonheur ? (. ;..) Ouate de phoque ? Fuck Friend ? Ami avec bénéfice ? Tu n’osais croire que c’est ce qu’elle signifiait mais tu l’avais néanmoins interrogée sur ça. Elle avait nié et fini par t’envoyer te faire ramoner chez les Tarahumaras, avec pertes et fracas.

Et puis, à l’aéroport de Montréal, elle arrivait plus. Prompt à craindre le pire, zen comme une patate dans l’huile bouillante, tu enlignais les scénarios catas. La fin du monde, c’est pas ton avion qui s’écrase, c’est ton amoureuse qui vient pas te chercher à l’aéroport.

Mais elle avait fini par venir la gueuse, guillerette et câline, et le malaise s’était estompé, la faille s’était engouffrée en elle-même. Tapie dans les fleurs du tapis. Si t’avais tempéré ton affect d’un brin de retenue et d’un doigt d’analyse, t’aurais gardé à l’esprit cet élément et moins saigné plus tard. Mais non, toujours cette hâte aveugle de te refondre dans la première matrice venue…

***

Il est tout petit le salon de Nelly, un peu impersonnel aussi. Des murs blancs et nus sinon un grand écran, des plantes, un divan vert, une bibliothèque qui frôle le plafond. Deux jours après ton arrivée à Montréal, vous parlez un peu de Coralie, un de tes grands anciens chagrins, dont tu as croisé la sœur à Dorval.

Nelly, elle, revient du vernissage des sculptures en métal d’une Française qui est infirmière depuis 10 ans à Chisasibi, et qui est une amie commune à elle et Max. Max y était, sujet délicat. Une boutade pourtant anodine de ta part fait sauter un fusible à Nelly.

- C'est pas un bon sujet pour moi les coureurs de jupons pis les pétards à grosses boules qui traitent les gars comme du fast food. Les artisses chiâlent constamment contre la société de consommation mais ils traitent les femmes comme des objets. Excuse-moi de pomper comme ça, mais je suis un peu aigrie.

- J’en déduis que t'as un peu de frustration et de rancoeur face à un artiste.

- DES artistes. Ils ont déchiré mon coeur pis m’ont écrapouti comme une fourmi. Ils m’ont menti pis humiliée.

-Tu leur avais peut-être donné ton coeur un peu trop vite ?

-Non… Anyway… Les mâles montréalais sont une gagne de morons pis la p’tite clique de nartisses c’est la pire. Ça se lèche à tour de cul dans les vernissages pis après ça se poignarde dans le dos. Ça cruise non stop, ça se met pas de capote, c’est n’importe quoi.

***

jeudi 2 février 2017

Jack est scrap 6y\7

De : jackestscrap@potmail.ca
À : nelly.mckenzie@jmail.com
Objet :L’Inca errant
Nelly Nelly Nelly
J’ai finalement rencontré le bel Inca mystérieux qui était à la fête de ton arrivée. Il s’appelle Miguel, et n’est ni Inca, ni Aztèque ni Olmèque ni Zapotèque ni Quechua et certainement pas Moche. C’est un Maya Ixil et il vient du Guatemala; les gens de son village ont été massacrés. Lui a réussi à fuir puis une organisation amérindienne l’a aidé à gagner la Californie ; puis, comme la dictature militaire poursuivait les survivants des massacres jusque là, l’organisation l’a amené au Nord.
J’ai la fièvre de toi Babe, le feu est pris dans mes cellules, y a une émeute dans la prison, avec ce connard de scrou qu’on lui fera manger ses barreaux par les deux bouts.



De : nelly.mckenzie@jmail.com
À : jackestscrap@potmail.ca
Objet : RE : L’Inca errant
Jack mon Jack
Il est un peu court mais mignon ce Miguel ; sous son allure placide, je l’imagine ardent. Et sa peau doit être douce. La tienne l’est en tout cas, Jack. Pis t’es donc ben beau sur la photo que tu m’as envoyée !
La neige tombe sur Montréal. Il fait pas trop froid mais c’est morose ce lundi matin sur le campus. Mes cours de cree recommencent ce soir. J’arrête pas mais c’est un peu vide sans toi, et je me rends bien compte que je m’épivarde sans mon habituelle voracité de vivre, bien plus pour meubler le temps qu’autre chose, pour ne pas être dans le silence de mon appartement.
Jack, j'aimerais mieux que tu sois proche. Ce serait plus facile de s'apprendre l’un l’autre, plus facile pour l'amour, plus facile pour tout. Tout brille quand on est ensemble. On se touche et on se regarde tout le temps, on se donne des bis souvent et on jase beaucoup beaucoup.
Nelly

Ps. Jack, d’ici deux semaines, le directeur du département d’anthropologie devrait me donner sa réponse pour ma demande d’aller un mois aux TNO. Tu t’imagines ?




De : jackestscrap@potmail.ca
À : nelly.mckenzie@jmail.com
Objet : RE : Re :RE : L’Inca errant
Ma tite fée de grand amour
J’espère bien que la réponse du directeur du dép sera favorable. Mais on se verra avant.
Je fantasme à plein depuis que tu m’as raconté l’histoire de ton grand-père qui marchait du Maine au Lac Saint-Jean. C’est sûr que comme tu me l’as dit (si subtilement !), j’aurais sans doute pas été assez débrouillard pour vivre longtemps à cette époque. Mais fantasmer sur elle ne signifie pas que j’aurais aimé y vivre. J’essaie simplement de reconstituer le paysage d’une Amérique sans pylône et sans truck de vidanges, j’essaie, à partir de fragments, naïvement, de m’imaginer ce qu’était vivre en ce temps-là. Comment on aimait, comment on souffrait, comment on percevait les rots et les aurores, le brouillard, les diamants, les mensonges… Pis je parle même pas de l’obsolescence programmée, qui aurait laissé gens-là, sinon peut-être les voyantes et les shamans, vachement dubitatifs.
Jack








De : nelly.mckenzie@jmail.com
À : jackestscrap@potmail.ca
Objet :RE : Passé décomposé et autres patates pilées
Tu m'as encore posé des questions sur Max. Je suis contente d'avoir éclairci pour toi cette partie de ma vie. Et j’espère t’avoir rassuré. J'ai pas tellement envie de toujours expliquer le comment et le pourquoi de mes sentiments, de mes actes et de ma vie.
Des fois Max, il me donnait pas de nouvelles pendant des semaines, des fois deux mois. J'ai jamais considéré qu'on était ensemble, sauf un bref moment que j’ai longuement regretté. J'étais en amour avec l'idée de l'amour, confondue peut-être dans le syndrome du rejet, comme si amour et douleur était l'un dans l'autre. Une amie a écrit un slam génial qui exprime bien tout ça.
Je veux plus que Max fasse partie de ma vie intime. Tu es là.
XXXxxX
Nelly




De : nelly.mckenzie@jmail.com
À : jackestscrap@potmail.ca
Objet :RE : Air Canada

Lire, relire, re-relire ton message. Se tourner et se projeter la scène. Ta langue habile, tes mains fortes et douces dans mes cheveux, ta bouche.. euh tellement embrassable.
Avoir un volcan dans le bas-ventre mais ne pas se branler, parce que ce serait troquer un banquet pour des pinottes.
C'est pas que mon cul qui t’appelle, c'est mon être entier qui te réclame, avec une vague de chaleur qui m’emporte et me bouleverse. Je veux te sentir jouir avec moi, ton corps tendu comme un arc électrique, je veux déraper dans des convulsions orgasmiques et puis oublier juste un court instant la distance qui nous sépare.
Rate pas ton avion mon salaud.
Nelly

dimanche 29 janvier 2017

jeudi 12 janvier 2017

Jack est scrap 6x4/7


Miguel et moi nous rejoignons Lars, George et Martha dans la section des archives, le tambour, de Pise finalement. Comme dans l’autre partie en forme de tipi, il s’agit d’une aire ouverte dotée de mezzanines, avec un escalier longeant le mur. Au plafond, un magnifique vitrail reproduisant une aquarelle d’Alex Janvier intitulée Timeless Jesus. Comment cela peut-il être de l’art abstrait quand tant de figures s’y esquissent, tant de paysages s’y profilent, les premières parties prenantes des seconds ?

Le rez-de-chaussée est bancal, on dirait le pont d’un navire en train de sombrer au fond de l’océan, sauf qu’ici, l’eau jaillit d’un sol qui n’avait pas dégelé depuis des millénaires. Comme le plancher penche abruptement vers la route, il a fallu délester une partie des étagères de leur contenu et on l’a empilé pêle-mêle, livres, rubans magnétiques, manuscrits, tout le bazar, dans des boîtes et par-dessus, du côté de la rivière.

Miguel nous dirige vers le second étage, dont l’espace est divisé en hémicycles, l’un salle de classe, l’autre espace de travail où deux adolescentes s’affairent à numériser le contenu de bobines magnétiques. « Ici, dit fièrement le Maya, ses yeux noirs brillants, on a participé à la création de la fonte qui a servi à écrire en langues dénés sur les ordis. Ça a été depuis remplacé par le système Unicode mais c’était le début. C’est ici aussi qu’est logé le serveur pour les cours à distance. »

Les ados sortent comme nous nous assoyons. Tous sont tournés vers Lars et sa petite pile de papiers, dont on devine l’importance. « J’ai vérifié, dit-il, les résultats de l’imagerie des échantillons et j’en arrive aux mêmes conclusions que la firme qui a été engagée. Selon l’endroit où on se trouve sous le bâtiment, il y a entre deux et quatre mètres de pergélisol susceptible de dégeler. C’est sous la bibliothèque que la couche est la plus épaisse. »

« Selon la profondeur, le pourcentage de glace dans le sol varie entre 30 et 60 %. En gros, ça signifie que le sol va disparaître en bien trop grande quantité sous le bâtiment pour que celui-ci reste debout. Pas cette année, pas dans deux ans, mais ça arrivera j’en suis convaincu. »

Tous se taisent un temps. On regarde Martha, grave, cligner des yeux derrière les lunettes qu’elle met rarement, où se reflète les lumières de la pièce. La Déné Yatié Kué, c’est un rêve qu’elle aussi a défendu, porté, investi. Et son frère, le con, avec ses analyses géologiques préliminaires sur le site, assurant que c’était sans problèmes. On l’a pas trop revu depuis que le bâtiment s’est mis à s’enfoncer, le bouffon de l’Ordre des ingénieurs de l’Alberta. Mais la tache reste dans le dossier de Martha et elle peine à se pardonner.

La chef de la communauté de Yenihwho interroge Lars, le boulanger bourru de Yellowknife qui fut autrefois un des plus grands spécialistes du pergélisol :« Quels sont nos choix ? »

-En gros, il y a deux choix. On pourrait décider de stimuler la conservation du froid en installant des thermosyphons pour évacuer la chaleur. Mais ça ne vas pas redresser le tambour. L’alternative, c’est d’enlever carrément la couche de pergélisol et de la remplacer par un sol granulaire stable. Il faudra soutenir le bâtiment durant toute la durée des travaux, qui vont nécessiter une grosse machinerie et faire un boucan d’enfer. Personne pourra continuer à bosser ou à vivre ici pendant un temps. Mais c’est ce qu’il y a de plus sécuritaire. Les bâtiments ne bougeront pas d’ici l’été, ça nous laisse donc sept ou huit mois pour mettre ça au point.

- Ça coûterait combien ?

Lars fouille dans ses papiers et tend une feuille à Martha : « Voilà le devis. Environ 400 000$. On peut dénicher des subventions au gouvernement du Nord-Ouest et surtout au fédéral, au ministère des Transports. Il nous resterait peut-être à trouver entre le tiers et le quart de l’argent. C’est faisable. »

- D’accord. Je soumettrai le dossier à la réunion du Conseil de bande la semaine prochaine et je t’en ferai part. Miguel, ça serait bien que tu y sois.

Miguel opine de la tête. Tous se lèvent.

Dans le pick-up, sur le chemin du retour, je demande où on a bien pu trouver l’argent pour construire ici un un tel bâtiment. À l’arrière, Lars se tourne légèrement vers George mais celui-ci n’a cure de répondre et retourne à sa rêverie, le visage tourné vers le Dehcho gris vert.

« Miguel, consent Lars à expliquer, avait un excellent salaire dans un bureau d’architecte à Yellowknife. Il a donné une grosse partie de ses économies pour financer le Mike’s. Et puis il est un survivant des massacres de Mayas Ixil par l’armée guatémaltèque. Il a reçu un dédommagement du gouvernement, par le biais du Programme National de Compensation. Cet argent-là aussi est allé au Mike’s. »

-Mais comment un Maya s’est-il ramassé ici ?

Cette fois, c’est George qui répond: « Des anciens membres de l’American Indian Movement l’ont sorti du Guatemala et l’ont emmené en Californie. Ensuite, avec l’Indian Brotherhood, ils lui ont fait traverser les frontières jusqu’ici. »

*** 

mardi 20 décembre 2016

Jack est scrap 6x3/7


C’est cet héritage, la collection personnelle d’un original, que Miguel avait repris et magnifié. Des 33 tours, des cassettes bourrées de segments d’émission de radio, il avait même une cartouche 8 pistes avec des chansons de Noël en langues autochtones, il avait même, il faut le souligner, deux cylindres de gramophone où on entendait chanter et prier le prophète Ereya.
Mike avait fait une crise cardiaque voilà dix ans, on l’avait hospitalisé à Hay River, quelques 360 kilomètres au sud-est. Mais ses valves avaient continué à se détériorer, il y avait eu infection, et on avait dû transférer Mike au Royal Alexandra d’Edmonton. C’est de là-bas qu’il est parti, une nuit, dans l’impuissance des tubes et des machines, à ses cotés Miguel et une sœur cadette qu’il n’avait pas vue depuis 12 ans.
La mort de Mike fut une épine de plus dans la couronne de marde de Miguel, un pénultième tourment dans une vie qui n’en avait pourtant pas manqué, à un point que les mots peinent à le dire. À Yenhiwho, on l’inspectait du coin de l’oeil, on s’en informait à mi-mots. Miguel allait-il exploser ?
Nul, hormis Martha sans doute, ne sut comment Miguel vécut la disparition de son meilleur ami, de celui qui l’avait grandement aidé à renaître au Nord. Mais il décida de perpétuer et de magnifier la passion de Mike pour les langues athapascanes.
Miguel m’offre de visiter le bâtiment pendant que Martha, George et Lars, qui n’en sont pas à leur premier passage, inspectent la partie du Dene Yatié Kué qui contient les archives et dont la forme rappelle un tambour.
- C’en est un, me répond Miguel avec son drôle d’accent, lorsque je lui mentionne l’analogie.
Nous pénétrons à l’intérieur de l’autre partie, qui est également circulaire à la base, mais se termine en cône, comme un tipi, avec, au sommet, un vaste puit de lumière en vitrail bleuté. L’intérieur est une aire ouverte dont les étages supérieurs sont bordés par des mezzanines. Au premier, le corridor circulaire conduit à quatre chambres possédant chacune son mini-balcon, avec une vue impeccable sur la K’edeli et même, dans un cas sur le Mackenzie.
-C’est magnifique, Miguel.
- J’ai eu la chance de travailler sur des beaux projets dans ma vie, mais celui-là est particulier.
-T’as participé à ça ?
-J’ai dessiné les plans en m’inspirant de l’architecture inuite et dénée. Elles sont primitives mais euh... (il cherche ses mots) sophistiquées… cohérentes avec l’environnement. Parfaites.
- C’est tellement impressionnant de voir ici un bâtiment si somptueux, c’est comme un genre de temple au milieu d’un taudis.
Miguel sourit en me prenant par l’épaule, m’emmenant au rez-de-chaussée, près du poêle à bois dont le tuyau grimpe jusqu’au puit de lumière. « Un temple, concède-t-il, rapprochant se mains du feu, mais ouvert à tous. Et il faut qu’il le soit, parce qu’on a mis ici une petite fortune. Les contracteurs ne voulaient même pas nous soumettre d’estimé ; ils n’avaient jamais construit de maison de ce type alors ils ne savaient pas combien ça allait leur coûter. Alors c'est un temple accessible. On a des archives et des outils pour la survivance des langues mais on a aussi des chambres pour héberger des enfants qui vivent des épisodes difficiles. »