jeudi 29 septembre 2016

L'actualité de Sutton fin septembre

Ça fait du sens ailleurs qu'à Sutton? Peut-être des fois, dans la mesure ou même ici, ça n'en fait pas tant!
Quoi qu'il en soit, voici votre bulletin de nouvelles de Sutton, avec des infos sur la course à la chefferie du PQ et la prise en charge des sentiers de randonnée par Mont Sutton.

mercredi 14 septembre 2016

Jack est scrap 6S/7

Retourner à Yenhiwo après cette semaine à Yellowknife avec Nelly procède d’un intense décalage de plan de réalité. Comment se réintégrer dans le quotidien, la logistique et les problématiques du réchauffement climatique après cette fusion et ces effusions? C’était vachement addictif.
La part de l’étude à laquelle vous participez s’achève dans deux mois. Martha,la mairesse, veille à ce que tout se passe impeccablement. Quand l’équipe repartira, elle veut que tout ait été accompli, que le rapport chemine et se traduise par des subsides, par des mesures concrètes d’adaptation aux changements.
George continue à être accompagné d’un interprète pour faire ses entrevues mais il a fait des progrès qui étonnent un peu tout le monde, lui-même y compris.
À la demande de plusieurs personnes de la communauté, Lars a passé une partie de la semaine à faire des forages et la caractérisation du sol autour d’un bâtiment qui s’affaisse en raison de la fonte du pergélisol. Tu l’avais déjà remarqué, sur une colline surplomblant la K’edeli, un peu à l’écart du village, constitué de deux parties distinctes, l’une circulaire, l’autre conique en forme de tipi. Ses couleurs rappellent celles des roches environnantes. Même s’il est devenu bancal, le bâtiment est superbe, unique figure d’architecture contemporaine en ces contrées
À la Dene Yatié Kué, la Maison des langues dénées, est archivé à peu près tout ce qu’il est possible d’archiver sur les cinq langues dénés des TNO, depuis les cylindres de gramophone jusqu’au nuage en passant par les livres, les cassettes et les bobines de magnéto. Des contes, des légendes, des chants, des récits.
Y a-t-il un avenir pour les langues dénées ?Le tlicho est la plus fréquemment utilisée mais à peine 52 % des 1945 personnes l’ayant pour langue maternelle l’utilisent à la maison. 10 % des Gwich’ins parlent le Gwich’in. Quel est le point de non retour ? Les langues ont besoin de certaines conditions historiques et géographiques pour naître, vivre, s’affirmer. Comment parler le tutchone, le babine ou l’oneida au 21e siècle ? Ça prend plus qu’un cour du soir, mais une masse critique, une suprématie.
Durant plus d’un siècle, les gouvernements ont carrément investi pour faire disparaître et les Autochtones et leurs langues. Voilà aujourd’hui qu’ils offrent des subsides pour les revitaliser. Tard, très tard.
Le Chef de l’Assemblée des Premières Nations dit lui-même, et il n’est pas le seul, que dans quelques décennies, il ne se parlera plus que quatre des soixante langues autochtones canadiennes actuelles.

Très bizarrement, le monsieur qui gère le Dene Yatié Kué est un Maya guatémaltèque, Miguel. Je l’ai aperçu lors la fête au centre communautaire, à l’arrivée de Nelly, petit, svelte, de longs cheveux noirs blanchissant. Je suis curieux de connaître les avatars qui l’ont emmené dans le Nord diriger un institut de langues évanescentes construit sur un sol instable.

mardi 13 septembre 2016

On s'en torche des Olympiques

Enfin c'est un côté de la médaille. Parlons plutôt des Jeux Psycholympiques et des micro-maisons. Un autre bulletin de nouvelles lié à Canal Sutton, très modérement suivi par un auditoire épisodique et clairsemé. La route du succès est ainsi faite, pleine de road kills et de panneaux de signalisation confondants.

jeudi 1 septembre 2016

L'art de la bubulle chez nos amis les Vermoulus

S'envermontiser est toujours un plaisir. Surtout lorsque, après des milles et des milles d'asphalte et de gravelle, je trouve, avec Hélène Brosseau, le mythique Center for Cartoon Studies. L'endroit, dit-on, a été fondé par James Sturm, qui est entre autres l'auteur du Golem's mighty swing. 
Et donc, le CCS est situé dans une toute petite ville qui s'appelle White River Junction, séparée du New Hampshire par la rivière Connecticut. C'est magnifiquement conservé, le passé industriel de la ville épouse à merveille le souffle hippisant de la place. 
Face au CCS, il y a l'hôtel Coolidge, autoproclamé 'the cure for boring travel stories". C'est à la fois un hôtel, une auberge de jeunesse et la résidence des bédéistes. La madame à la réception m'a dit qu'elle aurait pas mal de bonnes histoires à raconter.
C'est devenu un délire. Chaque personne qu'on croisait, on imaginait que c'était un bédéiste, auteur d'une oeuvre très personnelle.
Bob, le motard donneur d'orgasmes, nous a invité à manger des mûres jaunes gratuitement.
Les photos sont ordinaires, j'en conviens, mais c'est pour vous guérir de votre soif pathologique du superlatif.











vendredi 19 août 2016

Jack est scrap 6R5/7

- Elle, elle est aussi ben de faire la morte, sinon je vais aller lui casser la gueule à Val-David.
En transit pour Montréal à l’aéroport de Yellow, Nelly te fait ses dernières recommandations. Tu lui ai parlé de Sophie, les grandes lignes, sans insister sur tes performances peu reluisantes ni sur les stupéfiantes correspondances entre les deux femmes. Elle avait peu de réactions de toute façon, écoutait, ne posait pas de questions, lançait parfois une imprécation.
Les derniers jours ont été heureux. Vous n’avez jamais reparlé de sa lettre d’angoisse ducharmienne. Sa substance est restée dans l’air un temps, comme une gêne, puis s’est effacée alors que revenait votre complicité.
Vous avez fait du canot, sous le soleil exactement, et sur les flots, dans lesquels se perdaient les mots de Nelly, assise à l’avant, papotant tout le temps.
Vous avez fait du canot bien sûr, jusqu’à Mink’s Farm au sud et, dans l’autre direction, jusqu’à une anse où vous avez pique-niqué et fait l’amour. Son corps pâle et musclé sur la pierre presque violette, nimbée de mousses séchées, c’était magnifique. Vous apprendrez ultérieurement que l’anse, jouxtant le ruisseau Baker, est située sur un terrain contaminé par la mine Giant. En y repensant ultérieurement, ça rajoute un je ne sais quoi de valeur. Hormones et arsenic.



Le thé du Labrador (rhododendron groenlandicum) que vous avez ramassé pour des amis du Québec -même si on l’y retrouve facilement- est tout aussi suspect, amassé dans des endroits susceptibles d’être pollués par des résidus miniers. Touristes, va.
Votre bonne humeur, sinon votre bonheur n’était pas en circuit fermé mais se partageait avec ceux qui croisaient votre chemin, sinon vous ouvraient leurs portes. Cette bande d’ados désoeuvrés sur les battures de N’Dilo, au bout de Latham... le Philippin du dépanneur sur la 51e avenue, à qui Nelly a expliqué que John A. MacDonald était un salaud et qu’il devait lire le Clearing the Plains de James Daschuk... un des seuls clochards blancs et francos de Yellow, assez gêné de quêter, avec qui vous mangez un sandwich en face du bureau de poste et qui vous raconte son Saint-Pamphile natal... Ginger, votre hôtesse, qui trouve que vous êtes beaux ensemble et que Nelly devrait venir vivre à Yellowknife... Maureen, qui fabrique des bijoux avec, dit-elle, la pierre la plus vieille du monde, du gneiss du Sahtu datant de quatre milliards d’années...
Et Nelly, toujours sur le 20 000 volts. Pas exempte de contradictions et sujette à des jugements expéditifs. Mais oh, brillante, riche d’expériences et d’une vaste culture. Et apparemment sur un seuil...
- C’est une façon de parler, mais j’ai un peu fait le tour de l’anthropologie. J’ai passé ma vie sur des bancs d’école. Ok, à travers tout ça, j’ai voyagé pis j’ai rencontré du monde, je me suis impliquée, mais ça suffit plus. J’ai envie de sortir de la tour d’ivoire, d’être plus prêt de la terre, des gens au quotidien. Je pourrais travailler avec les immigrants, ou me partir une serre à Malio ou à Inuvik pis. Tu viendrais-tu avec moi?
-Euh… chus pas très fan d’horticulture, y a plein de pollen, de terre pis d’insectes là-dedans, c’est vraiment sale. Mais ça me plairait beaucoup d’être avec toi.
Ça a été du bon  temps mais maintenant c’est celui de se quitter.
- Elle, elle est aussi ben de faire la morte, sinon je vais aller lui casser la gueule à Val-David.
- Ça sera pas nécessaire, tu occupes tout l’espace.
Nelly tend son passeport son passeport au douanier, sous l’oeil indifférent des passagers et de l’ours polaire empaillé qui trône dans la salle d’attente de l’aéroport.

Toi, t’es confiant dans la suite des choses.